Comment reconnaître un comportement passif-agressif au travail ?
Comment reconnaître un comportement passif-agressif au travail ?
Mercredi 26 Août 2026
Comment reconnaître une communication passive-agressive au travail ? Découvrez les principaux signes subtils à repérer et les premières clés pour décrypter et mettre en place des actions favorables à la santé des équipes et au travail constructif.
Dans le monde professionnel, les tensions ne s’expriment pas toujours de manière ouverte. Elles peuvent se glisser dans des échanges polis, des silences prolongés, des sous-entendus ou des accords verbaux qui ne se traduisent jamais dans les faits.
C’est ce que l’on appelle la communication passive-agressive : une manière indirecte d’exprimer un désaccord, une contrariété ou une hostilité, sans confrontation explicite.
L'objectif de cet article n'est pas d'étiqueter une personne à partir d'un message isolé mais de montrer comment repérer certains indices, les interpréter avec prudence, les replacer dans leur contexte et réfléchir à la réponse la plus adaptée.
Vous venez de publier une information professionnelle sur les réseaux sociaux. Quelques minutes plus tard, un professionnel de votre réseau vous adresse en privé le message suivant :
« Bonjour, Je ne remets pas en question le fait que ce soit possible mais on a aussi bien d'autres mesures et prestations à proposer à nos adhérents. Vos enjeux évoluent aussi, cela se sent bien ... Mais c'est à nous prescripteurs d'aider les adhérents à choisir la meilleure option. Je reste très étonnée de votre encart publicitaire. Bonne journée.»
Prenez quelques secondes pour relire ce message.
Vous ressentez peut-être un léger malaise, une gêne ou un sentiment de reproche, sans parvenir à mettre précisément des mots sur cette impression.
Si c'est le cas, ne tirez pas de conclusion trop hâtive. Ce ressenti constitue simplement un point de départ. Examinons maintenant les indices présents dans ce message et ce qu'ils peuvent révéler.
1. Une politesse de façade : Le message respecte les codes habituels de la courtoisie : « Bonjour », « Bonne journée », formulations apparemment mesurées. Pourtant, cette forme polie contraste avec un contenu qui comporte plusieurs critiques implicites. Ce décalage entre la forme et le fond est fréquent dans les communications passives-agressives.
2. Une opposition indirecte : Le désaccord est introduit de manière atténuée : « Je ne remets pas en question le fait que ce soit possible mais…» puis « je reste très étonnée ...». Plutôt que d'exprimer clairement un désaccord, l'opposition est formulée sous couvert d'une simple surprise ou d'une réserve. La critique est présente mais elle reste indirecte
3. Des sous-entendus : Certaines formulations restent imprécises : « Vos enjeux évoluent, cela se sent bien ... ». Les points de suspension participent à maintenir un implicite. Le reproche n'est pas formulé explicitement. L'interlocuteur est laissé libre d'interpréter ce qui lui est réellement reproché, ce qui entretient une forme d'ambiguïté relationnelle.
4. Une remise en cause implicite de la légitimité : Plusieurs formulations peuvent être perçues comme une remise en cause indirecte de la démarche ou de la légitimité de l'interlocuteur. La phrase « C'est à nous prescripteurs d'aider les adhérents à choisir la meilleure option » rappelle qui serait légitime pour orienter les adhérents. De même, l'expression « Je reste très étonnée de votre encart publicitaire » , met l'accent sur la dimension promotionnelle de la publication alors que celle-ci avait avant tout pour objectif d'informer. Cette focalisation sur un seul aspect du message peut être perçue comme une remise en question implicite de la démarche.
5. Une clôture relationnelle : La formule finale « Bonne journée » ferme la possibilité d'un échange.
Le terme passif-agressif désigne une manière d'exprimer son désaccord ou son ressentiment sans confrontation directe. Comme le résume François Lelord et Christophe André [1], la personnalité passive-agressive « a comme règle de ne jamais se laisser faire et de résister de manière indirecte car elle risque trop à dire ce qu’elle pense. ». Ils la décrivent également comme « hostile au changement, méfiante envers l'autorité mais incapable de l'affronter directement ». Dans ce fonctionnement, l’opposition ne s’exprime pas frontalement. Elle peut prendre la forme d’un ralentissement, d’une résistance indirecte, d’une critique voilée, d’un retrait ou d’un sabotage discret.
Il est important d’éviter les surinterprétations. Un comportement ou un message isolé ne suffit pas à caractériser un fonctionnement passif-agressif.
L’analyse doit toujours prendre en compte :
◽La répétition des comportements
◽Leur cohérence dans le temps
◽Le contexte relationnel dans lequel ils s'inscrivent
◽Les éléments verbaux, paraverbaux et non verbaux lorsqu'ils sont observables
Parmi les indices susceptibles d'orienter l'analyse, on peut notamment retrouver un ton sec, ironique ou condescendant, des soupirs répétés, des haussements d'épaules, des yeux levés au ciel, un sourire de mépris, un tapotement des doigts ou encore certaines micro-expressions d'agacement ou de mépris.
❕L'analyse ne repose jamais sur un indice isolé mais sur un faisceau d'indices interprétés dans leur contexte.
La communication passive-agressive peut également s’exprimer par :
◽des retards ou oublis répétés concernant certaines demandes
◽une procrastination sélective
◽une coopération de façade : dire « oui » sans réel engagement dans les faits
◽des réponses tardives ou partielles
◽des silences prolongés
◽des remarques ironiques ou des compliments ambigus
◽une tendance à se positionner en victime tout en évitant de formuler clairement une demande
Là encore, ce n’est pas un comportement pris isolément qui permet de conclure mais sa répétition, sa cohérence et son impact sur les relations de travail.
Ce mode de fonctionnement peut avoir une fonction défensive. Il peut s’être construit dans des contextes où exprimer son désaccord était perçu comme risqué.
Dans certains parcours, l’expression directe du conflit a pu être associée à des conséquences relationnelles, éducatives ou professionnelles négatives. L’évitement, le retrait ou l’opposition indirecte deviennent alors des stratégies de protection, davantage que des choix pleinement conscients.
❕Il faut également distinguer un comportement passif-agressif ponctuel, lié au stress ou à une situation tendue d'un mode relationnel récurrent, qui s’inscrit dans la durée et impacte durablement les relations de travail.
Face à ce type de message, la première réaction est souvent émotionnelle. C'est normal : l'émotion apparaît rapidement et nous informe qu'un élément de la situation mérite notre attention. Avant de répondre, laissez passer ce premier mouvement émotionnel afin de retrouver du recul et de mobiliser votre capacité d'analyse.
Posez-vous trois questions :
◽Quel est mon objectif ? Clarifier, me protéger, préserver la relation, recadrer ou clore l’échange ?
◽Quel est le contexte ? Relation hiérarchique, collaboration future, échange privé ou public ?
◽Quel est l’enjeu réel ? Image, coopération, cadre de travail, qualité de la relation ou simple désaccord ponctuel ?
Cette étape d'analyse évite la réponse impulsive, réactionnelle souvent inadaptée.
La réponse la plus pertinente dépend du contexte, de l’objectif poursuivi et de la relation avec l’interlocuteur.
Ces cinq postures illustrent différentes stratégies possibles. Choisir la plus pertinente suppose d'analyser le contexte, les enjeux, votre objectif mais aussi le fonctionnement psychologique de votre interlocuteur. C'est précisément ce qui fait toute la différence entre une réaction impulsive et une réponse professionnelle.
Pour éviter d’improviser face à ces situations, des outils issus de la psychologie, de la communication assertive et de la régulation des conflits peuvent être mobilisés :
◽La méthode DESC (Décrire, Exprimer, Suggérer, Conclure) : particulièrement utile pour recadrer une situation de manière assertive en contexte professionnel.
◽La méthode OSBD (Observation, Sentiment, Besoin, Demande) : issue de la Communication Non Violente (CNV), centrée sur la clarification du vécu et la qualité du lien.
Ces méthodes constituent de véritables outils de communication. Leur efficacité repose toutefois moins sur leur connaissance que sur la capacité à choisir la méthode la plus adaptée à la situation, au contexte et à l'objectif poursuivi.
Se reconnaître dans certains de ces comportements ne signifie pas que vous êtes une « mauvaise personne » ou que votre personnalité se résume à ce mode de communication. En revanche, il est utile de s'interroger : s'agit-il de réactions ponctuelles, liées à une situation particulière, ou d'une manière habituelle d'exprimer vos désaccords, vos limites ou vos besoins ?
En effet, il peut arriver à chacun d'avoir recours, dans certaines circonstances, au silence, à l'ironie ou aux sous-entendus, notamment lorsque le conflit est vécu comme risqué ou menaçant.
En revanche, si vous vous reconnaissez régulièrement dans certaines de ces situations :
◽Vous acceptez des demandes que vous désapprouvez
◽Vous exprimez votre malaise par le silence, l'ironie ou des sous-entendus
◽Vous vous sentez fréquemment contraint(e) ou incompris(e)
◽Vous avez appris très tôt que le conflit pouvait mettre la relation en danger
... il peut être utile de vous interroger sur votre manière de communiquer.
Ces comportements ont souvent eu, à un moment de la vie, une fonction protectrice ou adaptative dans certains contextes familiaux, relationnels ou professionnels. Ils peuvent toutefois devenir source de souffrance lorsqu'ils s'installent durablement et compliquent l'expression directe de vos besoins ou de vos désaccords.
Développer son assertivité, apprendre à exprimer plus directement ses besoins, ses limites et ses désaccords, ou encore questionner certaines croyances relationnelles, par exemple « si je dis non, je prends le risque de perdre l'autre », permet progressivement de construire des relations plus claires, plus authentiques et plus sereines.
Savoir identifier et réguler ces situations est une véritable compétence relationnelle, pour les managers comme pour les collaborateurs.
Vous êtes confronté(e) à une situation relationnelle difficile au travail ?
Parlons-en. Ensemble, analysons les mécanismes en jeu et identifions les leviers d'action les plus adaptés à votre contexte professionnel.
Source(s) : 1 Lelord, F., & André, C. (2021). Les Nouvelles personnalités difficiles - Odile Jacob
Auteur(s) : Cécile Bueno-Klein & Coralie B. Fournier, Psychologue du travail, Consultantes RH
Crédits photos : Visuel conçu par les auteurs et généré par IA
🟣 Comprendre les mécanismes
🟣 Choisir la bonne posture
🟣 Répondre avec discernement
Notre guide pratique proposera des méthodes d’analyse, des outils concrets, DESC, OSBD, assertivité, et des cas pratiques pour vous aider à faire face aux situations relationnelles difficiles.